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Une IA a créé ma chanson. Seriously ?

Ce que Manawa m’a amenée à questionner sur l’IA, l’inspiration et ce que signifie réellement créer.

Un texte de

Jessie Thisse-Noël

·

24 septembre 2026

Silhouette féminine traversée par des voiles de lumière, entre inspiration, musique et création.

Ce matin, Manawa, une chanson que j’ai créée et qui me touche profondément, est sortie officiellement sur toutes les plateformes musicales.

J’ai ouvert Deezer et j’ai vu cette mention : « Contenu généré par une IA. »

Ça m’a embêtée.

Pourquoi ?

Parce que oui, j’ai utilisé une IA pour créer cette musique. Je l’ai même déclaré dans mes crédits. Je ne cherche pas à le cacher.

Alors pourquoi ?


Un peu plus tard, en allant sur Instagram, je suis tombée sur le post d’une écrivaine qui partageait sa frustration. Dans un article, certains de ses livres avaient été désignés comme ayant été « faits par une IA ». À tort.

Elle racontait son processus d’écriture. Le temps passé. La recherche des mots justes. Les formulations qui arrivent enfin lorsque quelque chose sonne juste. Et puis ce sentiment de voir tout cela soudainement attribué à une IA.

J’ai trouvé sa frustration parfaitement compréhensible. 

Une question d’intégrité.

Et pourtant, cela m’a amenée à m’interroger. Car j’ai reconnu à travers ses mots ce qui me traverse quand je crée.


Est-ce que parce qu’on utilise une IA pour générer une musique, ou dans son processus de création musicale, alors même qu’on le dit clairement, on devrait être pénalisé ?


Parce que oui, actuellement, la plateforme Deezer, par exemple, le fait par une restriction de visibilité : les contenus identifiés comme « entièrement générés par IA » sont automatiquement exclus de ses recommandations algorithmiques et de ses playlists éditoriales.

Entièrement générés.

Je me suis arrêtée sur ces mots.

Qu’est-ce que cela signifie exactement ?

Si une voix est générée par une IA, si la musique l’est également, cela suffit-il à dire qu’une chanson a été entièrement générée par une IA ?

Et les paroles ?

L’intention de départ ?

Ce que l’on cherche à faire entendre ?

Les essais. Les choix. Les refus. Les directions prises puis abandonnées. Ce que l’on garde, ce que l’on transforme.

À partir de quel endroit considère-t-on que l’humain ne fait plus partie de la création ?

Je n’ai pas la réponse.

Mais ce mot, « entièrement », m’interroge.

Parce qu’il ne décrit plus seulement l’outil qui a produit une voix ou une matière musicale. Il semble raconter quelque chose du processus créatif tout entier.

Alors, est-ce que l’utilisation d’un outil spécifique — et là, j’insiste vraiment sur le mot outil — implique que l’on n’a plus de processus personnel et unique de création ?

Certains diront que oui.

Que c’est plus facile avec l’IA.

Ou encore qu’on n’a « pas de mérite » à créer ainsi.

Mais qu’est-ce que ça veut dire exactement, créer ?


Quand j’ai commencé à utiliser l’IA, je n’arrivais à rien


Je ne savais pas comment lui parler.

Je n’arrivais pas à obtenir ce que je voulais. Ou plutôt, ce qu’elle me donnait ne correspondait pas à ce que j’avais en tête, à ce que je ressentais, à ce que je cherchais.

J’y ai passé du temps.

Beaucoup.

À essayer. Recommencer. Préciser. Affiner. Personnaliser. Paramétrer. Écouter. Rejeter.

À essayer, finalement, de lui faire adopter un peu plus de ma couleur.

Est-ce que ça marche à chaque fois ?

Non.

Parce qu’elle ne peut pas me remplacer.

Elle ne peut pas avoir le même sens tactile que moi. Le même regard. La même écoute. Le même frisson.

Elle ne ressent pas ce que je ressens lorsque quelque chose sonne juste.

Mais elle m’a permis d’avoir accès à de nouvelles possibilités.

Et plus je l’utilise, plus quelque chose me questionne.

Est-ce que créer avec une IA signifie ne pas créer ?

Ou est-ce simplement une autre manière de créer ?

Une base différente. Un processus différent. Un outil différent.

Parce qu’il ne suffit pas toujours d’écrire trois mots et d’appuyer sur un bouton pour obtenir ce que l’on cherche.

Parfois je reprends mon prompt, je l’affine, précise mes intentions, mes sensations, mes envies etc…

Parfois encore, je génère encore et encore jusqu’à entendre quelques secondes, une mélodie, un son, quelque chose qui me fait dire :

Là. C’est ça.

Et à partir de là, quelque chose commence…


Et pourtant, moi aussi, j’ai douté


J’ai beaucoup hésité à partager mes créations musicales parce qu’elles avaient « été créées avec une IA ».

Cette phrase était aussi dans ma tête.

Peut-être pas exactement comme celle que j’ai lue ce matin sur Deezer.

Mais elle était là.


Est-ce que j’avais vraiment créé ces musiques ?

Est-ce que j’avais le droit de les appeler mes créations ?

Est-ce que j’avais le droit d’en être fière alors que je ne savais pas jouer tous ces instruments, que je n’avais pas composé chacune de ces notes ?

Je me suis posé ces questions.

Et puis j’ai écouté mes musiques.

Encore.

Et encore.

J’ai senti mon corps vibrer dessus.

J’ai reconnu des passages. Des sons. Des intentions. Les paroles entières.

Quelque chose qui me ressemblait.

Et à un moment, je me suis demandé si ce n’était pas finalement plus égoïste de les garder pour moi simplement parce que je ne savais pas encore très bien quelle place moi j’avais le droit de prendre dans leur création.

Peut-être que l’IA m’a même permis cette prise de conscience : les créations ne sont pas l’œuvre de notre ego.


Je sais ce que c’est que créer sans IA.

J’ai écrit des livres.

Et maintenant, je sais aussi ce que c’est que créer de la musique accompagnée par une IA.

Étrangement, je ne ressens pas plus de mérite dans un cas que dans l’autre.

Le processus n’est pas le même.

Les outils ne sont pas les mêmes.

Mais dans les deux cas, il y a ce moment mystérieux où quelque chose qui n’existait pas encore apparaît.

Et où je le reconnais. Mon corps le reconnaît.


Puis j’ai découvert que ce processus n’était peut-être pas aussi nouveau que je le pensais


J’ai lu récemment un article sur Alan Braxe et Fred Falke, deux artistes et producteurs de la French Touch, qui parlaient de leur utilisation de l’IA dans leur processus musical.

Ils y faisaient notamment un parallèle avec le sampling : cette pratique, bien antérieure à l’IA, qui consiste à utiliser des fragments sonores préexistants pour créer autre chose.

Et ça m’a interpellée.

Parce que leur propre musique s’est aussi construite ainsi. Intro, par exemple, a été créé à partir d’un sample de Crush on You des Jets, auquel Fred Falke a ajouté sa ligne de basse. Music Sounds Better With You, de Stardust, auquel Alan Braxe a participé, utilise quant à lui un sample de Fate de Chaka Khan.

Alors je me suis demandé : Qu’est-ce qui a réellement changé ?

L’inspiration ?

Non.

Elle a toujours été là.

Les artistes se sont toujours inspirés d’autres artistes. De sons entendus quelque part. De rythmes. De manières de jouer. D’un morceau qui en déclenche un autre.

Parfois nous le savions.

Parfois nous entendions une chanson et pensions immédiatement : tiens, ça me rappelle…

Et parfois nous ne le savions absolument pas.

Peut-être que l’IA rend simplement certains de ces processus beaucoup plus faciles, plus rapides, plus accessibles.

Cela pose évidemment de nouvelles questions. De droit, d’éthique, de rémunération, de transparence. Et je ne veux pas les balayer.

Mais sur le plan du geste créatif, je me demande si la rupture est toujours aussi grande que nous le pensons.


« L’acte de création, quel qu’il soit, est un acte divin »


C’est une phrase qui m’est venue ce matin.

Et je crois profondément à cela.

Peu importe l’outil que l’on utilise, ou ce que l’on crée.

Quelque chose nous inspire.

Puis quelque chose se passe.

En nous.

Nous y ajoutons NOTRE lecture.

Ce que nous voyons.

Ce que nous entendons.

Ce que cela réveille.

La manière dont cela nous traverse.

Ce que nous gardons.

Ce que nous rejetons.

Ce que nous transformons.

Et la création finale est un mélange de tout cela.

En ce sens, l’IA ouvre peut-être même un nouveau monde de créateurs.

Des personnes qui ne se seraient jamais autorisées à créer auparavant peuvent soudain essayer.

C’est mon cas, avec la musique.

Explorer. 

S’explorer.

Entendre quelque chose qu’elles avaient peut-être en elles sans avoir jusque-là l’outil pour lui donner une forme.

Est-ce que cela fait automatiquement de tout ce qui sort d’une IA une œuvre personnelle ?

Non.

Mais est-ce que le simple fait qu’une IA ait participé au processus signifie qu’il n’y a plus de création humaine ?

Je n’en suis pas convaincue non plus.

Et finalement, je ne pense même pas que le problème soit d’être capable d’utiliser plus ou moins de fonctionnalités de l’IA pour personnaliser ce qui en sort.

Je pense que le plus grand risque serait plutôt que nous, humains, n’ayons pas encore rencontré et utilisé suffisamment nos propres fonctionnalités.

Notre regard.

Notre écoute.

Notre sensibilité.

Notre intuition.

Notre corps.

Notre capacité à reconnaître ce qui, au milieu de mille possibilités, nous fait dire : Ça.


Certains tremblent à l’idée que le monde de demain, avec l’IA en particulier, remplace les humains par des machines.

Moi, je me demande si l’IA ne remplacera pas surtout plus facilement ce que nous avions déjà, nous-mêmes, rendu mécanique.

Tous ces endroits où nous nous sommes habitués à fonctionner comme des robots. À répéter. À produire. À exécuter. Sans y penser. Parfois jusqu’à souffrir de cette monotonie sans savoir comment y échapper.


Et si, au contraire, l’arrivée de l’IA nous obligeait à aller explorer toutes ces autres « fonctionnalités » qui existent en nous ?

Tout ce qui fait que nous ne sommes justement pas des machines.


Plus je crée, plus je me sens humble


Plus je crée, plus je m’émerveille du processus.

Il me fait me sentir bien.

Merveilleusement bien.

Mais surtout, l’acte de créer me rend humble et reconnaissante.

Je crée des musiques.

Des livres.

J’ai créé des enfants.

Et je sais à quel point je n’ai aucun pouvoir, aucune emprise, aucun droit d’appartenance sur ma création.

Elle fait sa vie.

Elle pourra aller bien plus loin que sa source.

Bien plus loin que moi.

Et Manawa m’en offre justement un drôle d’exemple aujourd’hui.

J’ai écrit ce morceau pour accompagner un temps de recul, de respiration ou de traversée émotionnelle, lorsque l’on cherche à accueillir une limite — celle de l’autre — sans nier ce que l’on ressent.

Et voilà que, le matin même de sa sortie, une simple phrase placée sous le morceau vient me contrarier : « Contenu généré par une IA. »

Une limite, en quelque sorte.

J’aurais pu simplement la rejeter.

Mais je l’ai laissée me traverser.

Elle m’a questionnée.

Et quelques heures plus tard, me voilà en train d’écrire cet article.

Il y a quelque chose d’assez drôle là-dedans.

Comme si Manawa continuait lui-même à faire ce pour quoi il était né.

Et peut-être est-ce aussi ça que je veux dire lorsque je parle de quelque chose de plus grand que nous.

Une création ne s’arrête pas forcément à ce que nous pensions créer.

Elle rencontre le monde.

Le monde la rencontre.

Et quelque chose d’autre peut encore naître de cette rencontre.

C’est d’ailleurs l’une des choses essentielles que j’ai eu la grâce d’apprendre avec Namir Abdel Messeh lors de mon premier atelier d’écriture en 2020.

Il m’a ouvert la voie vers un processus de création qui était déjà en moi et que je ne savais pas comment utiliser.


La grâce d’être inspirée.

D’être touchée par quelque chose et de lui offrir un autre passage.

D’accepter d’être simplement un canal pour quelque chose de bien plus grand.

Créer m’a appris à me laisser traverser.

Sans juger.

À recevoir l’inspiration.

D’où ?

Ce n’est pas la question… ou c’est un autre débat.

J’ai découvert que je pouvais écrire, ou créer n’importe quoi, à partir de la vue d’une simple image, d’une discussion perçue dans les transports ou d’un rêve qui m’avait laissé un certain goût dans la bouche au réveil…

Et peut-être est-ce cela qui me questionne aujourd’hui.


Est-ce que s’inspirer, c’est copier ?


Est-ce que parce que je m’inspire d’un autre, je le copie ?

Ou peut-être que cette inspiration me donne simplement accès à une voie spécifique, qui me permet de me rencontrer autrement et de nourrir une tout autre création ?

Peut-être l’inspiration ouvre-t-elle un champ de possibilités infinies qui pourront en découler ?

Après tout, nous faisons cela tout le temps.

Nous nous inspirons.

Nous lisons.

Nous regardons.

Nous écoutons.

Nous rencontrons des personnes.

Nous entendons une phrase.

Nous découvrons une manière de faire.

Quelque chose entre en nous.

Et parfois, longtemps après, autre chose en ressort.

Transformé.

Mélangé à mille autres choses.

Passé par nous.

Alors où commence la création ?

Et où s’arrête l’inspiration ?


Je repense à une autre conversation qui, en apparence, n’avait rien à voir avec l’IA


J’avais entendu sur Instagram une mentore parler de sa relation aux émotions.

Pour elle, observer ses émotions pour mieux créer sa vie et la transformer était essentiel. Elle racontait prendre du temps pour y réfléchir, s’interroger sur ce qu’elle ressentait. Son processus passait beaucoup par la pensée.

Son mari, lui, disait plutôt qu’il laissait les émotions traverser son corps.

Et elle se demandait si cela ne pouvait pas être une forme de fuite. Une manière de ne pas réellement s’arrêter dessus.

En l’entendant, quelque chose en moi n’avait pas trouvé cette interprétation juste.

J’y avais perçu ce mécanisme mental qui veut toujours diviser, séparer, ranger les choses dans des boîtes.

Ça, OK.

Ça, pas OK.

Et attention, ce mécanisme est nécessaire et salutaire… pour soi.

Pour discerner ce qui nous correspond… ou pas.

Mais je ne suis pas certaine qu’il soit juste lorsqu’on l’utilise pour observer les autres.

J’ai eu l’occasion de vivre moi-même les deux processus.

Et à vrai dire, observer mentalement mes émotions était celui que je connaissais le mieux.

Mais c’est lorsque j’ai commencé à observer mes émotions en les laissant traverser mon corps que j’ai découvert toute la richesse de là où elles pouvaient m’amener.

Mais ça, c’est moi.

C’est juste pour moi.

Un mélange de conscience de mes émotions et de connexion à mon corps lorsqu’elles me traversent.

J’ai constaté à quel point mon corps pouvait parfois les digérer sans que j’aie besoin d’intervenir avec ma tête.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais penser.

Mettre de la conscience sur ce qui se passe est précieux.

C’est peut-être même là, la clé : la conscience. Pas la réflexion.

Mais j’ai découvert qu’il existait une autre voie.

Ni meilleure.

Ni moins bonne.

Une voie qui, pour moi, à certains moments, est plus fluide, plus naturelle, plus riche.

Et si je n’avais jamais entendu cette autre manière de faire ?

Peut-être ne l’aurais-je jamais explorée.

Je me suis inspirée de quelque chose rencontré ailleurs.

Et pourtant, ce que j’en ai fait est profondément mien.

Peut-être est-ce cela aussi, le discernement.

Ne pas demander : quelle manière de faire est la bonne ?

Mais : qu’est-ce que cela ouvre en moi ? Qu’est-ce qui me correspond ? Qu’est-ce que j’en fais ?

Et peut-être que cela rejoint finalement ma question de départ.


Pourquoi faudrait-il que nous nous divisions si souvent autour de concepts, d’outils ou de manières de faire ?


Peut-être que ce n’est pas l’outil que nous devrions regarder


Comme partout, la peur est présente.

Et la peur divise.

Elle peut nous conduire à remettre en question un outil plutôt que son utilisation.

À juger une manière de créer avant même de regarder ce qui a été créé.

À ranger :

Naturel ou artificiel.

Humain ou IA.

Légitime ou illégitime.

Attention.

Je ne dis pas que je suis « pour l’IA ».

Je ne suis pas « contre » non plus.

Je pense que, comme toute innovation, elle apporte du positif et du négatif.

C’est vrai pour TOUT.

Le naturel comme l’artificiel.

La nuit comme le jour.

Alors, plutôt que de diviser, et si on mettait plus de conscience et d’intention ?

Est-ce que, parce que j’utilise un couteau, je vais tuer ?

Peut-être.

Mais je peux aussi utiliser ce même couteau pour créer un plat unique, sublime et savoureux.

L’outil ne raconte pas à lui seul ce que j’en fais.

Et surtout, il ne raconte pas qui je suis lorsque je m’en sers.

Peut-être que le plus grand danger pour l’homme, sa créativité et sa vie n’est pas l’apparition d’un nouvel outil.

Peut-être que le plus grand danger serait de se couper de lui-même.

De ses intuitions réelles.

De son regard.

De sa sensibilité.

De son corps.

De sa capacité à discerner.

De sa capacité à créer.


Et finalement, je crois que c’est là que ma contrariété de ce matin m’a menée


Au départ, il y avait simplement cette petite mention sous Manawa : « Contenu généré par une IA. »

Quelques mots.

Et peut-être qu’ils sont parfaitement factuels.

Une IA a bien participé à sa création.

Mais mes paroles aussi.

Mon intention initiale aussi.

Mes choix. Mes refus. Mes recherches.

Mes frissons.

Et toute une expérience personnelle qui l’a nourrie et que je ne développerai pas ici.

Et maintenant, même cette contrariété provoquée par quelques mots affichés sous le morceau.

Tout ce qui m’a menée, encore et encore, à ce moment où mon corps reconnaît quelque chose et me dit : Là. C’est ça.

Tout cela a participé à Manawa.

Et Manawa, à son tour, participe déjà à autre chose.

Alors, « entièrement générée » ?

Je ne sais pas.

Peut-être que tout dépend de ce que l’on décide de regarder lorsque l’on parle de création.

Ces quelques mots m’ont amenée à me poser une question beaucoup plus grande.

Est-ce que l’outil utilisé suffit à réduire une création, à lui accorder moins de valeur, à lui enlever de la présence ou de la visibilité ?

Parce qu’entre l’outil et l’œuvre, il y a encore quelque chose.

Quelqu’un.

Avec son histoire.

Ses influences.

Ses choix.

Ses renoncements.

Ses essais.

Son regard.

Son oreille.

Son corps.

Sa sensibilité.

Et cette chose mystérieuse qui lui fait reconnaître, au milieu d’un nombre presque infini de possibilités : Là. C’est ça.

Peut-être que créer n’a jamais consisté à produire quelque chose qui ne devait absolument rien à personne ni à rien.

Peut-être que créer n’a jamais été un acte de faire-valoir, pour briller aux yeux des autres.

Peut-être que créer, c’est laisser quelque chose nous rencontrer, nous traverser…

et découvrir ce que cela devient en passant par nous.

Peut-être que créer est finalement davantage la reconnaissance d’un potentiel divin qui nous traverse que quelque chose que l’on pourrait totalement maîtriser ou contrôler.

Alors peut-être que la question — celle qui m’intéresse aujourd’hui et pour laquelle j’aurais aimé voir davantage de réponses dans le monde— n’est finalement pas :

« Utilises-tu l’IA pour créer ? » ou encore « Peux-tu prétendre que tes créations sont les tiennes quand tu utilises une IA ? »

Mais plutôt :

« En quoi ce que tu crées est-il une trace de toi ? »

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À l'origine de cette trace

Manawa

Cette réflexion est née le jour de la sortie de Manawa, après l’apparition de la mention « Contenu généré par une IA » sous la chanson sur Deezer.

À propos de l'autrice

Jessie Thisse-Noël est autrice, artiste, éditrice et créatrice d’expériences.

Fondatrice de Light To Be, elle crée par les mots, la musique et l’expérience des espaces où ressentir, imaginer et vivre une autre possibilité.

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